chapitre 12d
(Les Cloches du Clocher)
Moïse Berri
et la Reconstruction de l'Agence
Spatiale d'Haïti
Jude Antoine Jarda
12d
Les Cloches du Clocher
Autour de la même heure sur la côte Atlantique, dans un coquet jardin intérieur de Palm Beach en Floride, Eudoxie-Angélique Légitime et Alejandro planent en compagnie de monsieur Norbert et de la voisine, Soula Papadakis. Ils chaloupent à la mode kingstonienne en écoutant Easy Skanking de Bob Marley, les basses fréquences au plafond. Venue pour emprunter un sécateur, la vieille dame d'à côté a surpris l'aïeule et son jardinier en train de fumer de la mari dans la cour. Concentrés sur l'écran d'un portable à l'épreuve de l'eau, les deux se dilataient la rate entre chaque bouffée, prenant plaisir à diffuser des propos puérils et à se faire complices des commérages futiles et immatures véhiculés sur le compte Facebook de l'horticulteur hispanophone. La doyenne de la famille Légitime et son employé ont fait croire à madame Papadakis que fumer un joint s'apparentait à inhaler des pulpes de fruits et des herbes médicinales, mais sans le matériel oriental spécifique. La grande voyageuse Grecque a sauté sur l'occasion pour aller chercher une pipe à eau persane qui traînait dans son grenier depuis de nombreuses années. Elle a fortement insisté pour qu'on identifie cet objet d'art turc comme un narguilé et non comme un shisha, accessoire similaire qu'on retrouve plutôt en Tunisie et en Lybie. Quinze minutes plus tard, Soula Papadakis balbutiait navigué et adjugé, chantait cha-cha-cha en effectuant habilement quelques pas de samba, puis éclatait de rire, fière de son jeu de jambes et de mots. Elle redisait exactement la même chose cinq minutes plus tard en croyant dur comme fer que personne n'y avait jamais pensé auparavant.
Les nombreux récepteurs téléphoniques de la somptueuse demeure se mettent à sonner à l'unisson. L'afficheur indique Edmondine Belhumeur, la femme d'Ulysse-Hercule Dondedieu Légitime. Cette dernière choisit un sacré mauvais moment pour communiquer avec une belle-mère à moitié sourde qu'elle n'a jamais vraiment su blairer. Car après avoir consommé le second gramme de cannabis et participé à un concours de gavage au dry martini, madame Papadakis a initié Grand-Mère Légitime au Metaxás 7 de Thessalonique, sans prendre la peine d'informer la vieille dame sur la concentration en alcool de cette dite boisson. Compétitif et voulant afficher les couleurs de son pays comme s'il était en pleine séance de classification pour la Coupe du Monde de Football, Alejandro est allé chercher une bouteille de Fernet-Branca chez l'employeur de l'un de ses confrère sur Ocean Terrace, question de représenter son Argentine natale.
Edmondine Belhumeur parvient finalement à faire comprendre à sa belle-mère qu'elle cherche son mari. Elle lui explique en créole qu'elle s'est rendu au siège social de Legitimus Automotives, à Joliet, pour demander des comptes à Ulysse-Hercule, car aucune de ses cartes bancaires ou de crédit ne semblaient plus fonctionner, fautes de dépassement de la limite ou d'insuffisance de fonds. Edmondine Belhumeur s'est enfuie des lieux en cinquième vitesse lorsqu'un mécanicien Irlandais, du nom de O'Reilly, a suggéré de la garder en otage jusqu'à ce que lumière soit faite au service de la paie. Sur le chemin du retour vers Chicago, la Lincoln Navigator d'Edmondine Belhumeur a rendu l'âme dans un nuage de fumée sur Stevenson Expressway, à la hauteur de Leclaire-Hearst Park. Le véhicule étant presque neuf, elle suspecte un problème mécanique de faible importance, sauf que le dépanneur exige d'être payé comptant avant d'entamer l'inspection de la voiture. Edmondine exige donc que sa belle-maman lui révèle où trouver son névrosé de conjoint avant qu'elle ne pique une crise. Car c'est bien lui le responsable de tous ses maux. C'est la faute des embarrassantes manies compulsives d'Ulysse-Hercule si elle ne touche plus à l'argent papier, jugé beaucoup trop souillé, depuis Pékin 2008. La réplique de Mémé Légitime est délivrée en rafale comme un grondement de tonnerre. Les mots lui sortent du gosier comme de la bouche d'un canon, dans un créole d'habitants des montagnes qui ponctue chaque phrase d'un point d'exclamation. Les pointes lancées par la vieille volent vers leur cible comme des obus à fragmentation qui auraient ricoché au préalable dans la gadoue. Eudoxie-Angélique Légitime fait savoir à sa bru qu'elle connaît uniquement les qualités de son Ulysse-Hercule adoré et s'empresse de les énumérer avant de passer au deuxième stade de sa colère.
Edmondine Belhumeur parvient finalement à faire comprendre à sa belle-mère qu'elle cherche son mari. Elle lui explique en créole qu'elle s'est rendu au siège social de Legitimus Automotives, à Joliet, pour demander des comptes à Ulysse-Hercule, car aucune de ses cartes bancaires ou de crédit ne semblaient plus fonctionner, fautes de dépassement de la limite ou d'insuffisance de fonds. Edmondine Belhumeur s'est enfuie des lieux en cinquième vitesse lorsqu'un mécanicien Irlandais, du nom de O'Reilly, a suggéré de la garder en otage jusqu'à ce que lumière soit faite au service de la paie. Sur le chemin du retour vers Chicago, la Lincoln Navigator d'Edmondine Belhumeur a rendu l'âme dans un nuage de fumée sur Stevenson Expressway, à la hauteur de Leclaire-Hearst Park. Le véhicule étant presque neuf, elle suspecte un problème mécanique de faible importance, sauf que le dépanneur exige d'être payé comptant avant d'entamer l'inspection de la voiture. Edmondine exige donc que sa belle-maman lui révèle où trouver son névrosé de conjoint avant qu'elle ne pique une crise. Car c'est bien lui le responsable de tous ses maux. C'est la faute des embarrassantes manies compulsives d'Ulysse-Hercule si elle ne touche plus à l'argent papier, jugé beaucoup trop souillé, depuis Pékin 2008. La réplique de Mémé Légitime est délivrée en rafale comme un grondement de tonnerre. Les mots lui sortent du gosier comme de la bouche d'un canon, dans un créole d'habitants des montagnes qui ponctue chaque phrase d'un point d'exclamation. Les pointes lancées par la vieille volent vers leur cible comme des obus à fragmentation qui auraient ricoché au préalable dans la gadoue. Eudoxie-Angélique Légitime fait savoir à sa bru qu'elle connaît uniquement les qualités de son Ulysse-Hercule adoré et s'empresse de les énumérer avant de passer au deuxième stade de sa colère.
- Va donc faire un tour du côté de sa maîtresse, maudite pimbêche sotte et sale. Si tu lui offrais de la passion plutôt que de la prostration, peut-être qu'y serait plus présent, ton mari. L'envie d'aller voir ailleurs pour te fuir ne lui taquinerait plus jamais l'esprit. Ce n'est qu'une théorie, mais je travaillerais autour de cette difficulté pour trouver des solutions.
- Oooh ! Attendez, mais, holà, hé… pardon ? Tentez-vous d'insinuer que mon époux me cocufie ? Sachez que Ulysse-Hercule n'est pas porté sur la chose depuis au moins vingt ans. Il consulté le sexologue, l'urologue et même un sorcier hougan de Staten Island. L'innocent est allé jusqu'à se procurer un phallus de tigre tibétain comme panacée.
- Ulysse joue de la flûte traversière dans un autre orchestre, conasse. Tu ferais bien de t'asseoir avec lui un de ces quatre, juste pour savoir si ton nom figure toujours dans son testament.
- Vous ne sonnez pas comme il faut, belle-maman. Auriez-vous consommez de l'alcool ?
- On ne peut décidément rien vous cacher, Miss Marple. J'ai avalé un tas de cocktails. Des mélanges des cinq continents et… et puis je vous emmerde. Fichez-moi la paix !
- Oooh ! Attendez, mais, holà, hé… pardon ? Tentez-vous d'insinuer que mon époux me cocufie ? Sachez que Ulysse-Hercule n'est pas porté sur la chose depuis au moins vingt ans. Il consulté le sexologue, l'urologue et même un sorcier hougan de Staten Island. L'innocent est allé jusqu'à se procurer un phallus de tigre tibétain comme panacée.
- Ulysse joue de la flûte traversière dans un autre orchestre, conasse. Tu ferais bien de t'asseoir avec lui un de ces quatre, juste pour savoir si ton nom figure toujours dans son testament.
- Vous ne sonnez pas comme il faut, belle-maman. Auriez-vous consommez de l'alcool ?
- On ne peut décidément rien vous cacher, Miss Marple. J'ai avalé un tas de cocktails. Des mélanges des cinq continents et… et puis je vous emmerde. Fichez-moi la paix !
Alejandro applaudit chaudement la franchise de sa patronne. Toujours connecté à son réseau social, le jardinier va jeter un coup d'œil sur le profil qu'il a créé pour Grand-Mère Légitime afin de lui montrer des photos récentes de ses petits-enfants. En quelques clics, la vieille dame peut voir son Clyde faire la fête avec des amis sur les vestiges du mur d'Hadrien. Deux pressions sur une flèche ; et voici Thomas devenu grand, capitaine de son équipe de basket-ball. Il semble que ce petit tombeur se soit dégoté une copine chez les meneuses de claque, remarque la grand-maman, plus que fière. Armandine ressemble à une adulte, à bord de cette limousine qui la conduit à son bal de finissants. Ce grand sportif qui l'escorte serait-il le fameux Woodrow Red Chapman ? Armandine parlait sans arrêt de ce jeune prodige du violoncelle au dernier réveillon.
Eudoxie-Angélique désire maintenant partager des images d'Haïti avec Soula Papadakis. Elle veut lui montrer l'œuvre de son défunt mari en lui présentant le village que son infini bonté a permis de remettre sur pied. Alejandro va donc faire un tour sur la page d'Amédée Fleurinor, le petit frère de Mémé Légitime et maire de la commune de Mizérikod. La Crétoise est renversée. Madame Papadakis croyait dur comme fer que les plages de sable blanc de la République Dominicaine s'arrêtaient comme par magie à la frontière avec Haïti. Ce n'est pas ce qu'on nous montre constamment à la télévision, se plaint-elle, comme si elle avait été trahie par le producteur des Grands Reportages. Mais pendant que la voisine découvre les secrets de la Perle des Antilles, quelque chose dans les albums photos du maire de Mizérikod vient tracasser le jardinier.
Eudoxie-Angélique désire maintenant partager des images d'Haïti avec Soula Papadakis. Elle veut lui montrer l'œuvre de son défunt mari en lui présentant le village que son infini bonté a permis de remettre sur pied. Alejandro va donc faire un tour sur la page d'Amédée Fleurinor, le petit frère de Mémé Légitime et maire de la commune de Mizérikod. La Crétoise est renversée. Madame Papadakis croyait dur comme fer que les plages de sable blanc de la République Dominicaine s'arrêtaient comme par magie à la frontière avec Haïti. Ce n'est pas ce qu'on nous montre constamment à la télévision, se plaint-elle, comme si elle avait été trahie par le producteur des Grands Reportages. Mais pendant que la voisine découvre les secrets de la Perle des Antilles, quelque chose dans les albums photos du maire de Mizérikod vient tracasser le jardinier.
- Ce cliché date du mois de juillet, indique-t-il en se frottant le menton, plongé dans ses pensées. Les travaux de restauración de l'église semblent terminés, mais dans l'album du mois de octubre, les portes principales et les lucarnes sont absentes. Voyez-vous les cloches du clocher quelque part ? Ce n'est pas tout. Ils manquent aussi plusieurs briques sur la face arrière de l'édifice. On dirait qu'elles ont été enlevées, mais aproximadamente, pas dans les règles de l'art, pas comme un maçon l'aurait recommandé. mon cousin, Francisco maria, il construit des maisons. Je connais ces choses. Et regardez ici, dans cette autre photo mal cadrée, votre frère serre la main de ce monsieur sans âge devant cette jolie villa sur la colline. Remarquez les inscriptions en latin sur la porte d'entrée. Il s'agit bel et bien d'une des portes manquantes de la iglesia.
- Laisse-moi voir, Alejandro. Ce que tu racontes est très inquiétant. Je suis censée recevoir une prime de sept cent mille dollars du Fonds Héritage Légitime lorsque les travaux de l'Église Notre-Dame-des-Sept-Douleurs seront officiellement complétés.
- Qui est ce personnage avec votre frère, demande Alejandro, son regard me donne la chair de poule ?
- Louis-Edmond Fleurant, fait Mémé Légitime avec amertume, mais cette bête exige qu'on l'appelle Monsieur le Sénateur, même s'il a été déclaré non-éligible pour des raisons de santé et de sécurité aux élections de 1991. J'ignorais qu'Amédée fréquentait ce désaxé. Ce vieux loup-garou borgne a du sang sur les mains ; hommes, femmes et enfants. La datation des photos pourrait-elle être inexacte ? L'ordinateur et l'Internet peuvent-ils nous induire en erreur ?
- Si on observe ce petit arbre dans la cour de la iglesia, non. Il ne peut pas avoir rapetissé avec le temps. Ce ne serait pas scientifique.
©Jajjazz ©Jude Antoine Jarda
©Jajjazz ©Jude Antoine Jarda
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