chapitre 15a
(La Cellule Sept)
Moïse Berri
et la Reconstruction de l'Agence
Spatiale d'Haïti
Jude Antoine Jarda
15a
La Cellule Sept
Le capitaine Pintado et le commissaire Malvenu investissent la prison municipale de Mizérikod, secondée par une compagnie de Casques Bleus. Pintado a sommé le lieutenant Menendez de se rendre au front sur le côté sud du pont Jacques-Roumain et d'y attendre ses instructions. Le capitaine a préparé une série de questions destinées à piéger le détenu Québécois. Les réponses de Réal Couture détermineront s'il représente un danger réel pour la stabilité de l'état haïtien ou s'il n'est qu'une victime additionnelle du génie criminel de Moïse Berri.
Selon sa déposition, Réal Couture croyait seulement effectuer son travail d'acteur en acceptant d'entrer dans la peau d'un personnage fictif, un bienfaiteur et administrateur d'ONG nommé, Moïse Berri. Il ignorait totalement l'ampleur de la supercherie qui se tramait autour de sa personne. Heureusement pour ce petit salarié de la miellerie Armand Nectar des Dieux et Fils, un coup de téléphone au poste de la SQ de Rimouski a permis de le disculper en partie. La réputation de coureur de jupons, de gros buveur et d'artiste extraverti de Couture ne correspondait en rien au profil du pédophile typique. La confirmation, par la police locale, que les serrures de son domicile avaient été forcées et son ordinateur personnel manipulé durant son absence, renforçaient d'autant plus la thèse du complot. Les autorités québécoises ont aussi admis que Couture était considéré disparu depuis deux mois par la Gendarmerie Royale du Canada, suite à une plainte déposée par son agent artistique, nouveau bénéficiaire du programme de protection des témoins du Ministère de la Justice canadienne.
Selon sa déposition, Réal Couture croyait seulement effectuer son travail d'acteur en acceptant d'entrer dans la peau d'un personnage fictif, un bienfaiteur et administrateur d'ONG nommé, Moïse Berri. Il ignorait totalement l'ampleur de la supercherie qui se tramait autour de sa personne. Heureusement pour ce petit salarié de la miellerie Armand Nectar des Dieux et Fils, un coup de téléphone au poste de la SQ de Rimouski a permis de le disculper en partie. La réputation de coureur de jupons, de gros buveur et d'artiste extraverti de Couture ne correspondait en rien au profil du pédophile typique. La confirmation, par la police locale, que les serrures de son domicile avaient été forcées et son ordinateur personnel manipulé durant son absence, renforçaient d'autant plus la thèse du complot. Les autorités québécoises ont aussi admis que Couture était considéré disparu depuis deux mois par la Gendarmerie Royale du Canada, suite à une plainte déposée par son agent artistique, nouveau bénéficiaire du programme de protection des témoins du Ministère de la Justice canadienne.
Le maire Amédée Fleurinor accueille le capitaine Pintado et le commissaire Yves-Arnold Malvenu dans le bureau insalubre du geôlier, Oscar Perceval. Il leur offre du café aromatisé à la noisette et des galettes de cassaves sucrées. Le maire Fleurinor n'a pas d'objection à ce que le prisonnier étranger soit interrogé par la UNPOL. Il voudrait juste avoir un petit mot en privé avec le commissaire Malvenu dans le corridor.
- Vous voilà officiellement mon dauphin, Commissaire. Je quitte la présidence du conseil municipal. Un seul homme mérite d'hériter de ce poste, vous, mon grand et respectable ami.
- Je vous rappelle que les élections ne sont pas avant le mois de mai.
- Nous devancerons donc la tenue de ces dites élections et nous les arrangerons entièrement à votre avantage en effaçant les noms de vos adversaires sur les urnes électorales.
- Le mois passé, vous planifiez de prolonger illégalement votre mandat, Monsieur le Maire. Je n'y comprends plus rien. Pourquoi cette soudaine volte-face ?
- La position des astres dans le ciel a changé, Commissaire. Je me lance à partir d'aujourd'hui dans l'exploitation pétrolière.
- Vous quittez le pays ?
- Au contraire, je n'ai jamais eu autant envie de rester chez moi en terre d'Haïti. L'or noir git sous nos pieds, Yves-Arnold. Je suis depuis peu propriétaire du tiers des terres de la commune et Président-Directeur-Général de Ayiti Oil Exploitation Unlimited. Je ne peux malheureusement pas vous faire cadre supérieur au sein de mon entreprise de forage et de distribution de brut. Comprenez que cela paraîtrait suspect, vu que vous n'y connaissez absolument rien en matière d'énergie fossile. Je peux par contre faire de vous un allié stratégique, installé comme un boulon de fer à la tête du conseil municipal à ma place. Je m'occuperai moi-même de votre campagne. L'absence de tout autre candidat vivant dans la course à la mairie sera bien sûr chose établie. Nous choisirons quelques noms au hasard sur les plus anciennes pierres tombales du cimetière. Vos futurs adjoints sont déjà choisis. Bernardin Scholastique Tulipe et Jean Plattemontagne Bérenger, tous deux décédés en 57. Ils feront très certainement l'affaire ; tous les Tulipe de la région ont émigré aux USA sous le premier round de Lavalas ; trouvez-moi un Bérenger en ville et je vous cède les boutons de manchettes de ma chemise. Nous aurons aussi pour vous épauler, le très vivant Léopold de Grâce, escroc d'expérience sans aucuns scrupules, trilingue et diplômé en économie financière appliquée. Rajoutons dans notre alignement du tonnerre digne de la Manchester United, le très fortement lettré, Victor l'Hexagone Gourdet. L'éditeur du seul journal de la commune et poète à ses heures dormira lui aussi dans notre camp et restera sous votre commandement pour tout ce qui touche l'information, le culte de la personnalité et la propagande. Victor contrôle les nouvelles et les rumeurs locales et passe merveilleusement bien à la télé comme attaché de presse, avec sa pipe à tabac, son nœud papillon, son français de France et son air un tantinet fada. Le gazetier de Mizérikod sera un atout redoutable, Commissaire, peut-être même notre pièce maîtresse, notre tireur d'élite, notre frappeur désigné. Les gens croient en l'écrit avec plus d'aveuglement et de fanatisme que dans le vu et le vécu. Ces hommes d'honneurs apprendront leur nomination et obtiendront les détails sur leur salaire et les versements de leur prime de retraite anticipée en temps et lieu. Entre vous et moi, il n'y a plus rien à rajouter, notre relation d'affaire est symbiotique. Vous me garantissez l'immunité pour certains de mes employés au passé légèrement gangrené et votre fortune est assurée pour les cent prochaines années.
Le maire Amédée Fleurinor et le commissaire Malvenu retournent au bureau du geôlier, Oscar Perceval. Le capitaine Pintado est maintenant accompagné des gardiens de nuit, Picot et Albin. Deux criminels notoires de Mizérikod, Jim Falafel et Jeff Sprinter, semblent chaperonner les employés de la prison. Avec leurs sarraus tachés, leurs gants en latex et leurs lunettes de protection, les deux bandits ressemblent à des scientifiques laborieux. Le maire espère qu'ils n'ont pas fait aller leur gueule durant sa courte absence. Jim Falafel est supposé être un chimiste Nigérian un peu dur d'oreille et Jeff Sprinter, un géophysicien Angolais parlant uniquement l'umbundu. Amédée Fleurinor leur ordonne dans un bantou approximatif de retourner sur-le-champ dans leur laboratoire à l'étage afin de poursuivre leurs recherches. Le commissaire Malvenu observe la scène, complètement médusé. Le maire Fleurinor demande ensuite aux surveillants de nuit de les guider jusqu'à à la cellule du fameux prisonnier Québécois.
- Alors, vous parliez de quoi au fait avec l'officier de l'Uruguay, s'empresse de leur demander le maire en créole, vous croyez que je vous paye pour socialiser ?
- On voulait juste goûter aux cassaves, répond Albin.
- Vous en faites pas, nous n'avons pas impliqué le gaucho dans notre conversation, rassure Picot. Vous vous souvenez de Pamphile Dutervil, Commissaire, le mari outrageusement jaloux de Mélissandre Présumé ? La rumeur en ville prétend qu'il n'est pas mort comme nous tous le croyions. Vidal Gascon et les gars de l'entretien ménager du dispensaire prétendent que Pamphile Dutervil revient à Mizérikod à dessein de faire la peau à tous ceux qui se sont allongés sur sa femme. Comme Albin compte parmi ses victimes potentielles, je me bidonnais à l'idée d'un affrontement public entre le cocu remonté des Enfers et notre bon ami ici présent. Imaginez la scène : Pamphile Dutervil, jonglant avec ses couteaux de cuisine, prêt à hacher menu comme un oignon vert notre Albin national en train de charger sa cloueuse pneumatique.
- Je n'ai jamais dépassé le stade de l'amitié avec Mélissandre Présumé, proteste Albin.
- Faudra expliquer ça à ce déréglé devant une bonne tasse de thé pendant qu'il aiguise son matériel de cuisinier.
- Ça vous arrive de prendre une pause du radotage, vous deux ? intervient le maire. Ouvrez-moi la cellule numéro sept.
- Nous avons toutes les clés sauf celle qui ouvre la sept, dit Albin. Oscar a insisté pour la garder sur lui après son quart de travail.
- Vous devez sûrement avoir un double ou un passe-partout. Quel sont les procédures en cas d'urgence, d'inondations ou de feu ?
- Y en a pas. Faut être fichtrement malchanceux pour se retrouver prisonnier ici et flamber en plus. Vous pouvez toujours interroger le suspect par la fente utilisée pour passer le manger. Vous vous penchez comme ça, faites attention à votre dos, et puis voilà.
- Vous y voyez un inconvénient, capitaine Pintado, souffle le maire Amédée Fleurinor en français.
- Inconvénient ? Je ne suivais pas votre échange en créole.
- Vous devez interroger le détenu sans contact visuel, par cette ouverture à hauteur des genoux. Ces deux mollusques au système nerveux débranché n'ont pas la clé de cette cellule sur eux.
- J'ai vécu des choses beaucoup plus inconvenantes dans ce pays depuis mon arrivée, Commissaire.
Pintado s'agenouille donc et se met aussitôt à marteler la porte de fer de la cellule numéro sept.
- D'accord, Couture, nous en savons plus sur vous que vos parents, votre docteur, les agences de crédit et le Ministère du Revenu canadien réunis. Inutile d'évoquer votre droit au silence ou n'importe quel autre droit, personne ne sait que vous êtes dans ce trou incommode. Si je n'obtiens pas votre entière collaboration, je ne peux garantir vos chances de revoir la lumière du jour. Vous me comprenez, monsieur Couture ? Les responsables de cette prison ignorent tout de l'existence de la Déclaration des Droits de l'Homme, alors imaginez celle des prisonniers. Question numéro un : comment avez-vous obtenu ce passeport au nom de Moïse Berri ?
- Saperlotte de hareng saur faisandé ! ronchonne un détenu de l'autre côté de la porte. On pourrait pas avoir le loisir de dormir un peu tranquille ici dedans, dites donc, déjà qu'on est mal nourri ?
- Répondez à la question, monsieur Couture, nous disposons de très peu de temps.
- Y est parti, votre Blanc ! Foutez-nous la paix ou rendez-nous la liberté.
- Qui parle ?
- Las Vegas.
- Pardon ?
- Las Vegas.
- Pardon ?
- Las Vegas.
- Euh... bon, d'accord... alors, vous êtes combien dans cette cellule, monsieur Las Vegas ?
- Deux hommes… trois, si vous considérez le cannibale comme faisant partie de la famille humaine.
- Où se trouve le Canadien Français ? s'impatiente le maire.
- Parti avec Boss Oscar, répond le dénommé Las Vegas.
- Comment est-ce possible ? s'interroge le maire en lorgnant les deux gardiens.
- Je ne sais pas, se défend rapidement Albin. Je suis arrivé dix minutes après le départ d'Oscar.
- Et toi, Picot ?
- Je suis arrivé après Albin, mais j'ai aperçu la limousine du sénateur Fleurant en train de quitter les lieux. J'ai rien vu là de particulier, puisque le vieux entre et circule ici à son aise depuis mon entrée en fonction comme porte-clefs.
©Jajjazz ©Jude Antoine Jarda
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