chapitre 16b
(Le Négociateur)
Moïse Berri
et la Reconstruction de l'Agence
Spatiale d'Haïti
Jude Antoine Jarda
16b
Le Négociateur
Le capitaine José Pintado arrive au poste de commandement de la UNPOL installé à la sortie sud du pont Jacques-Roumain. Le policier militaire est flanqué du maire Amédée Fleurinor et du commissaire Malvenu. Une odeur incommodante propre au caoutchouc brûlé émane de la cohue. L'ire du peuple est palpable. Le murmure de son mécontentement imite le bruit d'un moteur de missile Tomahawk. La perquisition effectuée chez le sénateur Fleurant a été un échec total. Le Québécois Réal Couture est demeuré introuvable. Deux unités ont reçu l'ordre de guetter la villa en attendant le retour des deux officiers uruguayens de la police des Nations Unis. Personne ne doit entrer ou sortir de cette demeure sans que le capitaine Pintado en soit préalablement avisé. Le lieutenant Menendez paraît visiblement soulagé de revoir son supérieur. L'idée d'être entièrement responsable du contrôle de cette horde instable lui déplaisait jusqu'alors énormément.
- Nous devons gérer plusieurs situations, rapporte Menendez au capitaine Pintado. Des trublions masqués ont échappé à notre surveillance et se sont répandus dans la commune comme autant de virus malsains. Des citoyens ont juré avoir vu des fusils et même des lance-roquettes entre leurs mains, mais ils sont pour la plupart armés de bouteilles incendiaires, de bâtons et de machettes. Leur porte-parole exige la réouverture immédiate des banques pour pallier au manque, voire l'absence totale de liquidités dans la cité. Une chicane de nature politique semble aussi se développer entre duvaliéristes, aristidistes, martellistes, anarchistes et de nombreux fanatiques religieux. Ces gens ne sont pas d'accord sur grand-chose à part l'expulsion illico de toutes les forces étrangères de leur territoire. Je n'irais pas jusqu'à nommer cela une guerre idéologique ou congréganiste ou tribale, mais la division des factions est flagrante et en état d'ébullition. Les protestants accusent les catholiques d'être des suppôts du conservatisme, déguisés en libéraux, qui font la promotion de l'avortement dans tous les pays en voie de développement ; ils revendiquent la prison sans jugement pour le Pape et le Collège des cardinaux. Les catholiques étiquettes les vodouisants comme étant une bande de communistes réactionnaires. Ils accusent aussi les protestants de fomenter une guerre nucléaire avec la complicité de Téhéran, Pyongyang, Beijing et Moscou afin de s'approprier de Jérusalem Est et Ouest. De leur côté, les animistes blâment les réformistes pour la montée en flèche de l'impérialisme. Je n'invente rien, Capitaine. Je vous répète textuellement les mots de leur représentant ; un certain Vidal Gascon, astronaute de profession. Les mormons, les témoins, les athées, les agnostiques et les autres minorités sont suspectés par les autres d'êtres à la solde des socialistes de gauche qui supportent l'action terroriste comme moyen ultime de négociation. Y a aussi un vieil agitateur encore plus doué que Mussolini. Il manipule la masse à partir du toit de cette ambulance, là-bas, immobilisée sur le pont. J'ai failli donner l'ordre de l'arrêter quand il a commencé à prendre les Sud-Américains comme cibles. Nous sommes malheureusement filmés en permanence par un nain qui connaît uniquement les mots espagnols insultants qui riment avec mère, sœur et soldat. Tous nos dirigeants y sont passés. C'était carrément gênant. Ce vieux malappris s'est ensuite attaqué à nos héros les plus chers. D'après lui, le Che était plus raciste que le Führer ; Pélé n'aurait pas le droit de pisser dans certains restaurants du Brésil à cause de la couleur de sa peau ; et Simon Bolivar n'aurait jamais payé les commandos de guerriers Haïtiens fournis par Alexandre Pétion pour la libération des peuples d'Amérique du Sud. Ce vieux routier est fort, Capitaine. Derrière ses propos ineptes, il cache un agenda bien défini de politicien aguerri. Il a fait croire à ces gens qu'ils étaient de facto propriétaires et actionnaires d'une source inépuisable de pétrole et de terres rares. Comme si la présence de dysprosium dans ce pays damné était probable sans que Washington et Exxon Mobil en soient informés. Ce même géronte distribuait des certificats et des titres de propriétés tout à l'heure. En voici un qu'il appelle, le bon du pétrole, ajoute Menendez en tendant un bout de papier fripé au capitaine Pintado. Le sceau de la ville y est apposé. Monsieur le Maire pourrait-il nous éclairer à ce sujet ?
- Nous devons gérer plusieurs situations, rapporte Menendez au capitaine Pintado. Des trublions masqués ont échappé à notre surveillance et se sont répandus dans la commune comme autant de virus malsains. Des citoyens ont juré avoir vu des fusils et même des lance-roquettes entre leurs mains, mais ils sont pour la plupart armés de bouteilles incendiaires, de bâtons et de machettes. Leur porte-parole exige la réouverture immédiate des banques pour pallier au manque, voire l'absence totale de liquidités dans la cité. Une chicane de nature politique semble aussi se développer entre duvaliéristes, aristidistes, martellistes, anarchistes et de nombreux fanatiques religieux. Ces gens ne sont pas d'accord sur grand-chose à part l'expulsion illico de toutes les forces étrangères de leur territoire. Je n'irais pas jusqu'à nommer cela une guerre idéologique ou congréganiste ou tribale, mais la division des factions est flagrante et en état d'ébullition. Les protestants accusent les catholiques d'être des suppôts du conservatisme, déguisés en libéraux, qui font la promotion de l'avortement dans tous les pays en voie de développement ; ils revendiquent la prison sans jugement pour le Pape et le Collège des cardinaux. Les catholiques étiquettes les vodouisants comme étant une bande de communistes réactionnaires. Ils accusent aussi les protestants de fomenter une guerre nucléaire avec la complicité de Téhéran, Pyongyang, Beijing et Moscou afin de s'approprier de Jérusalem Est et Ouest. De leur côté, les animistes blâment les réformistes pour la montée en flèche de l'impérialisme. Je n'invente rien, Capitaine. Je vous répète textuellement les mots de leur représentant ; un certain Vidal Gascon, astronaute de profession. Les mormons, les témoins, les athées, les agnostiques et les autres minorités sont suspectés par les autres d'êtres à la solde des socialistes de gauche qui supportent l'action terroriste comme moyen ultime de négociation. Y a aussi un vieil agitateur encore plus doué que Mussolini. Il manipule la masse à partir du toit de cette ambulance, là-bas, immobilisée sur le pont. J'ai failli donner l'ordre de l'arrêter quand il a commencé à prendre les Sud-Américains comme cibles. Nous sommes malheureusement filmés en permanence par un nain qui connaît uniquement les mots espagnols insultants qui riment avec mère, sœur et soldat. Tous nos dirigeants y sont passés. C'était carrément gênant. Ce vieux malappris s'est ensuite attaqué à nos héros les plus chers. D'après lui, le Che était plus raciste que le Führer ; Pélé n'aurait pas le droit de pisser dans certains restaurants du Brésil à cause de la couleur de sa peau ; et Simon Bolivar n'aurait jamais payé les commandos de guerriers Haïtiens fournis par Alexandre Pétion pour la libération des peuples d'Amérique du Sud. Ce vieux routier est fort, Capitaine. Derrière ses propos ineptes, il cache un agenda bien défini de politicien aguerri. Il a fait croire à ces gens qu'ils étaient de facto propriétaires et actionnaires d'une source inépuisable de pétrole et de terres rares. Comme si la présence de dysprosium dans ce pays damné était probable sans que Washington et Exxon Mobil en soient informés. Ce même géronte distribuait des certificats et des titres de propriétés tout à l'heure. En voici un qu'il appelle, le bon du pétrole, ajoute Menendez en tendant un bout de papier fripé au capitaine Pintado. Le sceau de la ville y est apposé. Monsieur le Maire pourrait-il nous éclairer à ce sujet ?
- Comment ça, le sceau de la ville ? s'emporte le maire. Ce truc est une décoration. Je ne m'en sers jamais. Faites-moi voir ce chiffon. Juste ciel ! Trouvez-moi un sniper. Il faut descendre ce vieil abruti avant qu'il ne foute tous mes projets en l'air.
- Mais ça va pas, côté crâne ? Nous ne voulons surtout pas transformer cette émeute mineure en troubles civils majeurs, s'inquiète le lieutenant Pintado.
- Ce vieux roquentin ne doit pas être pris au sérieux, Capitaine. C'est une exception aujourd'hui si cet écervelé de malheur porte un pantalon. Ce minable mange ses crottes de nez quand personne ne regarde. Il rit tout seul de ses propres blagues.
- Nous devrions négocier avec lui, fait l'officier Uruguayen sur un ton austère. Nous devons utiliser son manque de crédibilité pour nous débarrasser une fois pour toutes des médias étrangers. Si une chaîne d'information américaine débarque ici avec des caméras et se met à diffuser ce qui se trame ici en direct, nous ne pourrons jamais sortir cet espion de Moïse Berri de ce bled sans attirer l'attention. Nous avons affaire à un terroriste réfractaire, un ennemi implacable du Monde Libre et des places financières. Il ne doit pas nous filer entre les doigts. Il faut mettre la main sur ce traître avant les médias internationaux. Cela est primordial sur ma montre et sur l'horloge du commandant en chef des forces de la Minustah. Lieutenant Menendez, prenez un détachement de cent hommes avec vous et partez à la recherche des vandales et des pyromanes disséminés dans la commune. Monsieur le Commissaire, arrangez-moi un tête-à-tête avec le meneur de l'attroupement. Et vous, Monsieur le Maire, tâchez de mettre la main sur ce satané mégaphone. Vous devez parvenir à faire entendre raison à cette bande d'excités avant que l'ordre d'ouvrir le feu ne me vienne d'en haut.
Les demandes extravagantes d'Elzéar Michelet donnent de précieux indices sur son état mental. Le vieil étourdi commence par exiger que le capitaine Pintado lui cède son uniforme et ses souliers, comme le veut cette vieille coutume Arawak ou Taïnos sortie tout droit de son imagination. Pintado réussit à le convaincre d'accepter sa casquette d'officier et un stylo zéro gravité. Elzéar Michelet requiert de la UNPOL, la poursuite des recherches afin de retrouver ses petits-enfants, disparus depuis le tremblement de terre de janvier 2010. L'électricité doit dorénavant être disponible en tout temps dans la ville, réclame-t-il aussi. Les interruptions sporadiques cessent ici et maintenant. Les travaux de rénovations prévus depuis des mois pour remettre son commerce et lieu de résidence sur pied doivent reprendre demain matin au plus tard. Elzéar veut désormais vivre dans un environnement climatisé, entièrement décoré par Ty Pennington et son équipe de l'émission Extreme Makeover. Le vieux garagiste avoue enfin avoir toujours eu un faible pour la Ferrari Testarossa que conduisait Don Johnson dans Miami Vice dans les années 80. Pour ce qui est de sa fascination pour Vlad l'Empaleur et Skanderberg, la lance du premier et l'épée du second seraient des cadeaux de prédilection pour un collectionneur sérieux de sa trempe. Le capitaine Pintado arrête le vieil homme déconnecté de la réalité en criant au secours, en langage Charrua, lorsque ce dernier propose de changer la date de certains jours fériés et de forcer Oprah à reprendre les commandes de son émission quotidienne.
- Vous obtiendrez tout ce que vous voulez, monsieur Michelet, toutes vos requêtes seront envoyées comme vous le désirez au quartier-général des Illuminati.
- Duc de Tabarre, Capitaine ; je vous rappelle que je descends directement de Fabre Geffrard.
- J'oubliais, Monsieur le Duc. De mon côté, j'estime le marché conclus. Votre part du marché consiste à convaincre le chevalier Victor Gourdet de l'Hexagone de se rendre avec son équipe de télévision dans le repaire des Diabbakas, et de me mettre en contact avec leur leader. Nous nous devons, en gens civilisés, de sortir de cette crise sans qu'une seule balle ne soit tirée, sans qu'une seule fenêtre ne soit brisée et sans qu'un seul pneu encore utilisable ne soit igné. Le monde nous regarde, Monsieur le Duc, montrons au reste de la planète que les Haïtiens et la police des Nations Unis connaissent les voies non-violentes de la diplomatie.
©Jajjazz ©Jude Antoine Jarda
- Duc de Tabarre, Capitaine ; je vous rappelle que je descends directement de Fabre Geffrard.
- J'oubliais, Monsieur le Duc. De mon côté, j'estime le marché conclus. Votre part du marché consiste à convaincre le chevalier Victor Gourdet de l'Hexagone de se rendre avec son équipe de télévision dans le repaire des Diabbakas, et de me mettre en contact avec leur leader. Nous nous devons, en gens civilisés, de sortir de cette crise sans qu'une seule balle ne soit tirée, sans qu'une seule fenêtre ne soit brisée et sans qu'un seul pneu encore utilisable ne soit igné. Le monde nous regarde, Monsieur le Duc, montrons au reste de la planète que les Haïtiens et la police des Nations Unis connaissent les voies non-violentes de la diplomatie.
©Jajjazz ©Jude Antoine Jarda
No comments:
Post a Comment