chapitre 16d
(L'Otage)
Moïse Berri
et la Reconstruction de l'Agence
Spatiale d'Haïti
Jude Antoine Jarda
16d
L'Otage
(L'Otage)
Moïse Berri
et la Reconstruction de l'Agence
Spatiale d'Haïti
Jude Antoine Jarda
16d
L'Otage
Ça tombe plutôt bien ; l'otage que tout le monde recherche se trouve en compagnie du fondateur de la redoutable bande, occupé à se raser le crâne à l'aide d'un couteau à dépecer, un fragment de miroir à la main. Le captif au teint pâle est bâillonné avec une chaussette sale et ligoté sur une chaise. Jones Brooklyn arrête de se pomponner, range son attirail de coiffeur, puis s'empresse de saupoudrer un peu de farine sur le plancher afin de délimiter un tracé sécuritaire pour ses invités. Le caïd avertit ensuite la visite avec fermeté :
- Sortez de cette zone et vous signez votre arrêt de mort. Vous serez instantanément criblés de balles en moins de temps qu'il faut pour éternuer. Avant d'être un simple repaire, ajoute-t-il en pointant l'index vers un fusil d'assaut suspendu entre le plafond et un classeur, cette tente est tout d'abord mon bunker, mon bourreau et ma tombe. Qu'on se le tienne pour dit : Jones Brooklyn ne remettra plus les pieds en prison de son vivant.
La première exigence du truand est de fermer la caméra et les micros. Tout en poursuivant sa séance de rasage, Jones déclare que son prisonnier souffre d'une forme de délire probablement relié à la morsure d'une tarentule venimeuse. Rien de ce qu'il dit ne doit être pris au premier degré. L'entrevue ne peut donc pas se dérouler en direct. Il faudra éditer le tout afin de monter une vidéo potable.
- Le capitaine Pintado a fortement insisté sur ce point, fait savoir Victor Gourdet, il exige un face à face avec Moïse Berri, nos deux têtes dans le cadre en gros plan statique. C'est une question de crédibilité.
- Ce serait chose facile si Moïse Berri se trouvait parmi nous, fait Jones Brooklyn, découragé. Ce type est convaincu qu'il s'appelle Yosef Cohen-Abitbol, né à Marrakech en 57, domicilié à Jaffa depuis 85. Il se dit Marocain, juif pratiquant à ses heures, célibataire par choix, ferblantier de métier à Tel-Aviv et acteur occasionnel dans une troupe de comédie musicale dans laquelle il personnifie Joe Dassin, Don Quichotte, le Petit Prince et Arlequin. T'as déjà eu affaire au président de la Fondation Zanmi d'Haïti, l'Hexagone ?
- J'ai rédigé plusieurs de ses discours. Je n'ai jamais fait parti du cercle intime de monsieur Berri, mais je lui ai serré la pince à maintes reprises.
- Tu le vois quelque part dans cette pièce ?
- À quoi tu joues, Jones, Moïse Berri est là, droit devant nous ?
- Et toi, Évasion, est-ce que tu confirmes que le rigolo en robe de chambre sur cette chaise est le directeur de Vilaj Espwa, le président de la Fondation Zanmi d'Haïti ?
- Les gardes du corps de Millionnaire n'ont jamais réussi à m'empêcher de me prendre en photo avec lui au club, répond le caméraman avec une certaine fierté.
- Il a simplement perdu la boule, lâche Rico Mars avec une dose de compassion dans la voix. Il ne serait pas le premier au pays. Mais ça ne change pas grand chose aux enjeux. Cet homme demeure Blanc, citoyen étranger et détenu contre son gré. Nous sommes en présence d'une prise d'otage en bonne et due forme. Je propose de procéder comme prévu à l'entretien en direct avec le capitaine Pintado.
- À moins qu'il se joue de nous, avance Victor Gourdet. À part de suivre la loi mosaïque, Jones, qu'est-ce qu'il rajoute pour supporter ses galéjades ?
- On veut l'entendre de sa bouche, intervient Évasion.
- Pas question que je lui enlève cette chaussette de la gueule, proteste Jones Brooklyn. Il se mettra aussitôt à chialer en hébreu. J'ai l'impression qu'il récite une formule de la Cabbale pour me jeter un mauvais sort. Son histoire ne tient pas debout. Ma demande de rançon risque d'être ignoré si cela paraît trop évident que mon otage est viré toc-toc, maboul. Ce taré prétend maintenant être un acteur. Il dit avoir passé une première audition à Haïfa, une seconde à Liverpool, une troisième à Toronto et une dernière à Montréal, tout ça pour jouer le rôle d'un chargé de projet dans le cadre d'un documentaire sur la reconstruction en Haïti. Une fois entré au pays, sa liberté lui aurait été enlevé, sa famille menacée, et on lui aurait signifié que toute tentative de sortir de son personnage serait sévèrement puni. Ils doivent sûrement être faux, mais ce type s'est même inventé des numéros de comptes pour prouver son salaire. Il possède aussi une liste de numéros de téléphone qui le relie à ses employeurs ou à des gens qui en savent plus que lui. Mais aucun de ses numéros ne semble être sur ce continent. Je vous dis que le type est tapé, Il n'est plus avec nous.
- On dirait un film d'espionnage, fait Rico Mars. Y doit être un fan de Fleming ou de Ludlum pour divaguer de la sorte, le monsieur Berri. Et alors, Jones, lorsque tu as composé ces numéros internationaux, qui a répondu à l'autre bout ?
- Mais t'es malade, l'Animateur ? J'ai téléphoné nulle part, moi. Vous pensez que j'ai du temps à perdre parce que j'habite dans une tente militaire ? L'album de rap que j'enregistre est mûr pour Amazon, prêt pour le Billboard et les Grammy Awards. Vous me suivez ? Le monde du Hip Hop salive en attendant ma sortie afin d'oublier Tupac et Biggie. Tenez, écoutez un bout de mon démo. Je viens de terminer le mixage final.
File. Open existing file. By Artist. Track 2.
Bitches on a leash, bitches I can reach, bitches on my dick,
bitches on demand !
Niggaz better shun, Niggaz from the sun, Niggaz need a gun,
Niggaz better run !
Money on my wrist, money on my teeth, money up my head,
yo money or yo dead !
©Jajjazz ©Jude Antoine Jarda
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