chapitre 2d
(Le Chauffeur de Taxi)
Moïse Berri
et la Reconstruction de l'Agence
Spatiale d'Haïti
Jude Antoine Jarda
2d
Le Chauffeur de Taxi
À quelques kilomètres de là, dans un motel de Châteauguay, au sud-ouest de Montréal, un homme et une femme aux valeurs diamétralement opposées et de cultures distinctes partagent la même chambre depuis hier matin. Hilaire Vériquin est bouleversé ; l'anxiété le rend insomniaque et anorexique. Noémie Naud est quant à elle placide ; mais son sevrage tabagique la rend vorace et narcoleptique. Séparés par un creux générationnel marqué par la technologie et l'explosion de la cellule familiale, Hilaire et Noémie sont persuadés de n'avoir absolument rien à se communiquer. Ces deux âmes ne forment pas un couple d'amoureux en crise ; il s'agit en fait d'un ravisseur amateur et d'une victime qui ignore sa condition.
Hilaire Vériquin tente de minimiser la gravité de son crime en se répétant qu'il n'a pas eu recours à la violence pour le commettre. L'enlèvement demeure toutefois un délit impopulaire et infiniment sérieux dans le monde civilisé. Hilaire vient de s'entretenir au téléphone avec un certain monsieur B., le commanditaire officiel de cet odieux forfait. Taciturne à l'excès, cet homme au tempérament flegmatique a abusé des jeux de mots et des phrases à double sens pour expliquer à Hilaire la suite des choses. Sans mettre d'effort pour lire entre les lignes, Hilaire Vériquin a pigé, tout en espérant se tromper, qu'il serait bientôt complice d'un meurtre longuement prémédité.
La descente aux enfers de cet ancien prof de philo converti en taximan a commencé lorsqu'il a compris qu'il ne parviendrait jamais à récupérer ses pertes en continuant à parier sur des chevaux et des numéros. Obtenir un prêt bancaire légitime de dix mille dollars afin de rembourser ses dettes et de bénéficier du privilège de garder ses jambes loin de chez l'orthopédiste lui a été refusé par trois institutions financières différentes. Hilaire Vériquin s'est donc tourné vers son neveu, Paolo, qu'il savait fripouille jusqu'à la moelle, afin de l'aider à entrer en contact avec des trafiquants de la région de Montréal. Trois jours plus tard, Hilaire recevait deux offres d'emploi pouvant lui rapporter la somme convoitée : soit de devenir livreur de drogue avec son taxi comme outil de travail dix fins de semaine consécutives, soit de se transformer en kidnappeur et d'amener de gré ou de force une jeune femme plutôt farouche au lieu indiqué sans poser de questions, puis d'y attendre les instructions ainsi que sa généreuse rétribution. Comme d'habitude, Hilaire Vériquin a choisi le chemin le plus court pour arriver à ses fins.
Hilaire Vériquin tente de minimiser la gravité de son crime en se répétant qu'il n'a pas eu recours à la violence pour le commettre. L'enlèvement demeure toutefois un délit impopulaire et infiniment sérieux dans le monde civilisé. Hilaire vient de s'entretenir au téléphone avec un certain monsieur B., le commanditaire officiel de cet odieux forfait. Taciturne à l'excès, cet homme au tempérament flegmatique a abusé des jeux de mots et des phrases à double sens pour expliquer à Hilaire la suite des choses. Sans mettre d'effort pour lire entre les lignes, Hilaire Vériquin a pigé, tout en espérant se tromper, qu'il serait bientôt complice d'un meurtre longuement prémédité.
La descente aux enfers de cet ancien prof de philo converti en taximan a commencé lorsqu'il a compris qu'il ne parviendrait jamais à récupérer ses pertes en continuant à parier sur des chevaux et des numéros. Obtenir un prêt bancaire légitime de dix mille dollars afin de rembourser ses dettes et de bénéficier du privilège de garder ses jambes loin de chez l'orthopédiste lui a été refusé par trois institutions financières différentes. Hilaire Vériquin s'est donc tourné vers son neveu, Paolo, qu'il savait fripouille jusqu'à la moelle, afin de l'aider à entrer en contact avec des trafiquants de la région de Montréal. Trois jours plus tard, Hilaire recevait deux offres d'emploi pouvant lui rapporter la somme convoitée : soit de devenir livreur de drogue avec son taxi comme outil de travail dix fins de semaine consécutives, soit de se transformer en kidnappeur et d'amener de gré ou de force une jeune femme plutôt farouche au lieu indiqué sans poser de questions, puis d'y attendre les instructions ainsi que sa généreuse rétribution. Comme d'habitude, Hilaire Vériquin a choisi le chemin le plus court pour arriver à ses fins.
L'individu avec qui il a conclu cette entente verbale, cet énigmatique monsieur B., sans nom ni prénom, vient de lui confirmer au téléphone qu'il serait là avant midi avec l'argent promis. Hilaire n'a hélas ressenti aucune joie à cette annonce.
Noémie regarde l'émission Un tueur si proche à la télévision, assise sur le seul lit de la chambre 29, complètement sereine. Téléphoner ou sortir lui est interdit depuis maintenant vingt-neuf heures, supposément pour sa sécurité. Cela ne semble pas l'ennuyer. Si monsieur Vériquin lui voulait du mal, pense-t-elle, il aurait sûrement essayé de cacher son vrai nom et la photo sur son permis de taxi. C'est clair. De plus, Noémie fait entièrement confiance à l'oncle de son ange-gardien, son amour, son homme... son Chuck. Elle a par contre pris grand soin de cacher à Hilaire qu'elle utilisait le service de messagerie texte de son cellulaire à chacune de ses visites aux toilettes.
©Jajjazz ©Jude Antoine Jarda
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