chapitre 3
(L'Arme)
Moïse Berri
et la Reconstruction de l'Agence
Spatiale d'Haïti
Jude Antoine Jarda
3
L'arme
Au commissariat en ruines de
Mizérikod, Evans
Ferjuste et Pyram Malvenu se la coulent douce, relax, assis bien confortablement dans des fauteuils de bureau neufs saisis récemment chez un mauvais payeur de contravention frappé d'une plainte pour loyer impayé. Les deux agents de police attendent l'arrivée imminente de leur chef afin de lui faire valider puis signer leur rapport
final de l'incident survenu la nuit dernière. Pyram s'est juré le jour de son assermentation de ne jamais succomber à la corruption ou au parjure. Il s'est aussi promis de ne jamais recourir à
la fabrication de preuves ou de prononcer de faux témoignages contre autrui. Maintenant qu'il baigne
dans une tonne de merde visqueuse jusqu'au cou, le sergent Malvenu se demande désormais comment acheter
le silence et la collaboration aveugle de son coéquipier étranger. Le compte-rendu incohérent du sergent comprend plusieurs mensonges flagrants, de nombreuses inexactitudes
chronologiques, ainsi qu'une accusation de haute trahison contre un de ses
pairs, à savoir : le lieutenant manitobain, Robin Monarque.
Profitant de la fatigue d'Evans, Pyram a commencé à amadouer le jeune homme en lui jasant amicalement pour la première fois depuis son arrivée, mais en prenant toutefois grand soin d'éviter de parler directement d'argent. Pyram a promis à Evans de lui présenter Victor Gourdet, l'éditeur, distributeur, imprimeur, correcteur et rédacteur principal du journal local. Victor est un historien affectueusement surnommé l'Hexagone par son entourage. Il est réputé émérite et savant par les gens discrets à cause de ses prétendus diplômes décrochés à Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Victor Gourdet est aussi un politicard de gauche prolixe qui saura éclairer Evans sur les déboires légendaires des bandes de Toussaint et du traître, Jorge Biassou, contre les espions de la Maison de Bourbon, lui raconter avec maints détails les derniers jours de l'empereur Jean-Jacques 1er , lui détailler les manigances internationales de Simón Bolívar et d'Alexandre Sabès, dit Pétion, et peut-être même faire la lumière sur la santé mentale douteuse du roi Henri Christophe, la construction extraordinairement rapide de la Citadelle ainsi que les conséquences sociopolitiques des fameux Cent-Jours de Napoléon.
Profitant de la fatigue d'Evans, Pyram a commencé à amadouer le jeune homme en lui jasant amicalement pour la première fois depuis son arrivée, mais en prenant toutefois grand soin d'éviter de parler directement d'argent. Pyram a promis à Evans de lui présenter Victor Gourdet, l'éditeur, distributeur, imprimeur, correcteur et rédacteur principal du journal local. Victor est un historien affectueusement surnommé l'Hexagone par son entourage. Il est réputé émérite et savant par les gens discrets à cause de ses prétendus diplômes décrochés à Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Victor Gourdet est aussi un politicard de gauche prolixe qui saura éclairer Evans sur les déboires légendaires des bandes de Toussaint et du traître, Jorge Biassou, contre les espions de la Maison de Bourbon, lui raconter avec maints détails les derniers jours de l'empereur Jean-Jacques 1er , lui détailler les manigances internationales de Simón Bolívar et d'Alexandre Sabès, dit Pétion, et peut-être même faire la lumière sur la santé mentale douteuse du roi Henri Christophe, la construction extraordinairement rapide de la Citadelle ainsi que les conséquences sociopolitiques des fameux Cent-Jours de Napoléon.
Pyram donne un bref aperçu du cours de créole avancé gratuit qu'il a promis de donner prochainement à Evans Ferjuste, afin de renforcer leurs liens entre collègues. Le principal truc à saisir avec le créole haïtien, explique le sergent au jeune Beauceron, un brin suffisant, c'est de se limiter à l'essentiel tout en amplifiant légèrement la portée de certains mots-clés avec une bonne dose d'émotivité. Le verbe doit toujours rester vivant, impératif, autonome. Il agit plus souvent qu'autrement sans complément et sans sujet. Il est fortement recommandé d'utiliser des gestes singuliers et des expressions faciales ambiguës pour épauler la ponctuation, lui donner un coup de main afin de capter l'attention. En créole, le ton de la voix sert d'outil linguistique de premier plan. Se mettre à gueuler sans prévenir pour appuyer une opinion, qu'elle soit raisonnable ou complètement aberrante, est presque nécessaire. Et il ne faut surtout pas se gêner avant d'introduire des mots empruntés à une autre langue de temps à autre dans une conversation anodine, question de prôner son intellect et sa grande culture. Un you know, un of course ou un sine qua non, placés n'importe où et sans raison, indiquent que tu as vu du pays, que t'as déjà posé les pieds dans un avion, que t'es pas un habitant illettré du fin fond des mornes. Un Haïtien qui se respecte apprend à débattre à l'Assemblée nationale ou contre n'importe quel lobby ou force d'occupation étrangère avant de maîtriser les subtilités de la grammaire.
Le commissariat de Mizérikod est situé sur l'avenue Lysius-Salomon, en plein cœur du secteur administratif de la commune. Ce vieil immeuble délabré est coincé entre la prison et l'hôtel de ville, de biais par rapport au cimetière, à une centaine de mètres de l'église Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, tout juste en face du quartier général de la Fondation Zanmi d'Haïti et de la place Michaëlle-Jean ; un carré inachevé, mi-hospice, mi-parc, où le peuple est invité à tenir des débats sociaux et politiques en toute immunité. L'église récemment vandalisée est amputée de sa porte principale et son clocher dépouillé de ses cloches. Plusieurs bureaux du poste de police sont regroupés dans un hangar à moitié rénové ainsi que dans une aire de stationnement créée au fond de la cour à proximité des latrines. Les policiers partagent cet espace restreint avec de nombreuses familles qui y ont installé leur campement. Les gens vont et viennent et le vacarme est assourdissant dans tout le quadrilatère, mais le district des affaires demeure l'endroit le plus sécuritaire de Mizérikod, et une des rares zones miraculeusement épargnées par les coulées de boue descendues des collines après le passage de l'ouragan Sandy.
Deux détenus déchaussés disputent une partie de dames dans l'unique cellule verrouillable du poste. Ils sont visiblement des habitués des lieux. Les deux prévenus se tiennent tranquilles avec raison ; le sergent Malvenu les a menacés d'un transfert brutal vers la vraie taule de Mizérikod au lieu de les libérer comme de coutume autour de midi. Le bruit court que personne ne veut se retrouver seul avec Oscar Perceval, le gardien de la geôle municipale. Amateur de médicaments périmés ou concoctés à la maison selon ses connaissances limitées en pharmacie, Oscar Perceval est un individu sombre, réputé complètement marteau et soupçonné d'être lui-même un prisonnier en cavale activement recherché dans deux départements et par la Sécurité Publique du pays voisin. Au cours des neuf derniers mois, huit pour cent des accusés confiés aux soins de ce sadique notoire ont expiré avant la date de leur enquête préliminaire ; et il s'agit ici de statistiques fournies avec joie par monsieur Perceval au comité disciplinaire deux fois dissous chargé d'enquêter sur lui.
Deux détenus déchaussés disputent une partie de dames dans l'unique cellule verrouillable du poste. Ils sont visiblement des habitués des lieux. Les deux prévenus se tiennent tranquilles avec raison ; le sergent Malvenu les a menacés d'un transfert brutal vers la vraie taule de Mizérikod au lieu de les libérer comme de coutume autour de midi. Le bruit court que personne ne veut se retrouver seul avec Oscar Perceval, le gardien de la geôle municipale. Amateur de médicaments périmés ou concoctés à la maison selon ses connaissances limitées en pharmacie, Oscar Perceval est un individu sombre, réputé complètement marteau et soupçonné d'être lui-même un prisonnier en cavale activement recherché dans deux départements et par la Sécurité Publique du pays voisin. Au cours des neuf derniers mois, huit pour cent des accusés confiés aux soins de ce sadique notoire ont expiré avant la date de leur enquête préliminaire ; et il s'agit ici de statistiques fournies avec joie par monsieur Perceval au comité disciplinaire deux fois dissous chargé d'enquêter sur lui.
Les premiers policiers du quart de jour arrivent enfin à bord d'un autobus de la compagnie Bus Legitimus Express. Ils sont suivis de peu par la Lincoln Navigator du commissaire Malvenu et par un véhicule blindé de la police civile des Nations Unies. Il est maintenant huit heures du matin. Evans Ferjuste roupille posément dans son coin sur une chaise berçante tandis que le sergent Pyram Malvenu fait les cent pas en marmonnant. Le commissaire Malvenu porte un impeccable costume de lin blanc et un chapeau Havana crème. Le chef de police est un homme visiblement rabat-joie, trapu et poilu. Il se gratte fréquemment la nuque en grognant et renifle constamment. Le commissaire présente deux officiers Uruguayens à l'allure excessivement soignée au sergent Malvenu. Son fils présume d'emblée qu'ils sont tous deux homos et indignes de sa confiance au premier salut. Le sergent prend aussitôt un air méfiant. Le capitaine Pintado et le lieutenant Menendez remarquent le changement d'attitude et la poignée de main molle du sergent, mais vont droit au but.
- Reconnaissez-vous cet individu ? lui demande le capitaine Pintado en montrant une photo plutôt floue à Pyram.
- Pour sûr, répond le sergent Malvenu sans hésiter, c'est justement le sujet de mon rapport.
- Cet homme a été enlevé cette nuit à la résidence principale du sénateur Fleurant, la villa coloniale avec les grosses cloches sur la morne de la Gloire.
- Vous êtes en retard sur les nouvelles, mon capitaine. J'ai pourchassé ces kidnappeurs jusque dans leur repaire. Ces salauds de fils de mes deux ont essayé de me flinguer juste avant l'aube. Voyez comme ils tremblent, ces mains ? Si ce n'était de mon crucifix porte-bonheur, l'Éternel est mon berger, Christ est grand et bien vivant, j'étais fichu, condamné, adios mi amigo. D'ailleurs, je revendique des armes plus puissantes avec désignateur laser depuis fort longtemps. Mais vous connaissez la rengaine habituelle du conseil municipal : budget ! budget ! budget !
- Savez-vous de qui il s'agit, Sergent ?
- Lui, c'est Millionnaire. Bon... ce cliché est plutôt médiocre, mauvais éclairage ou surexposition, mais y a pas de doute, y s'agit bien de ce bon vieux Millionnaire.
- Je vous demande pardon ?
- Je vous dis que c'est Millionnaire, le cerveau de la Fondation Zanmi d'Haïti, le chargé de projet de Vilaj Espwa. Le type qu'on appelle l'Architecte.
- Il s'appelle comme ça ; Millionnaire ? Ce n'est pas possible. Nous étions au courant de votre penchant pour les noms étranges en Haïti, mais il y a une limite à l'exotisme.
- Maintenant que vous en parlez, je doute que ce soit inscrit tel quel sur son baptistère, mais y répond présent à ça ou à Directeur au poker, sur la table de bésigue et dans la salle d'attente du coiffeur. S'agit pas d'une vraie salle, cette salle d'attente, mais c'est là que Fresnel Beltias nous fait poireauter avant de nous soutirer de l'argent contre cinq coups de ciseaux.
- Je... pardon ? Excusez-moi. Concentrons-nous sur la photo. Qu'est-ce que vous savez de cet homme, Sergent ?
- Un sacré bluffeur, croyez-moi, ce Millionnaire. Cela le décrit parfaitement. Il a une paire de sept et ses yeux vous crachent une quinte royale. Il augmente la mise en souriant, vous vous couchez. Et disons qu'il est plutôt du genre discret, ce phénomène. Y parle jamais de sa vie privée ; tabou, un véritable félin solitaire et retiré, un loup, un chien esseulé. Je me demande si ce type a trouvé le temps de forniquer ou de pécher solide au moins une seule fois depuis le passage informatique de l'an 2000.
- Nous avons fouillé ses valises, intervient le lieutenant Menendez.
- Faites très attention, Lieutenant, avertit Pintado, certaines informations sont classées secrètes au ministère de l'Intérieur.
- Ne vous inquiétez pas, mon capitaine. Écoutez, Sergent, nous avons trouvé deux passeports dans les bagages de ce monsieur Millionnaire, poursuit le lieutenant Menendez, un canadien et un israélien. Cet homme passe les douanes sous le nom de Yosef Cohen-Abitbol, domicilié à Tel-Aviv, lorsqu'il circule dans l'hémisphère nord ou dans les pays industrialisés, et bizarrement sous le pseudonyme de Moïse Berri, citoyen canadien natif d'Oshawa, dans les pays en voie de développement, en guerre ou sinistrés. Nous savons que le Mossad et le SCRS sont actifs dans la région. Ces organisations connaissent l'existence de la commune de Mizérikod, mais l'ONU doit être mise au courant si un de leurs agents décidait de s'infiltrer au niveau de l'administration publique de ce pays sans en avoir reçu l'ordre. Croyez-vous pouvoir nous guider jusqu'à la planque des ravisseurs ?
- Avec la puissance de feu adéquate, un barrage routier en aval et un second en amont, je vous livre ces racailles dans des cercueils de fer avant minuit. C'est moi qui vous le dis !
- Vous... vous parlez au sens figuré ?
- Bien sûr qu'il figure, intervient le commissaire Malvenu sur un ton rassurant. Un cercueil est une paire de menottes dans le jargon moderne du sergent. Vous pourrez même leur poser des questions, tellement ils seront vivants et pimpants, vos chenapans. À moins bien sûr qu'ils refusent d'obtempérer ou qu'ils se mettent à nous poivrer à l'artillerie lourde par nervosité ou soucis de garder leur liberté. Alors, là, je soutiendrai mes hommes avec fermeté. Ils aiment bien rentrer à la maison avec tout leur sang bien contenu à l'intérieur après avoir rendu service à la société.
- Quand est-ce que vous voulez passer en mode attaque ? demande Pyram avec impatience.
- Avant la tombée de la nuit, lui répond Pintado. Nous reviendrons avec de l'équipement et les effectifs nécessaires pour tenir un siège d'au moins trois jours. Un rat ne pourra pas sortir de Mizérikod sans nous croiser sur son chemin.
- Amenez des chiens, propose Pyram. Les paysans qui protègent ces crapules de merde en ont une peur bleue.
- Ils pourraient donc nous nuire en aidant à cacher ou à déplacer la victime durant l'assaut, raisonne le policier militaire.
- Les Diabbakas sont malicieux, structurés et dirigés par Chuck trois-Frères, un salopard sans foi ni loi qui a lu l'Art de la Guerre. Ce rongeur sur bipède habille, nourrit, éduque, emploie et fait soigner un grand nombre de ces misérables. Il recrute plusieurs de ses soldats parmi eux. On dit même qu'il les aime. Plusieurs sont orphelins. Certains d'entre eux prendraient volontiers une balle pour ce fils de hareng saur de Chuck. Mon plan d'action se résume grosso modo à mettre toute la communauté des tentes en état d'arrestation, de foutre tout le monde en quarantaine et d'attendre que la faim et la soif nous livrent notre homme sur une civière. Il faudrait par contre empêcher les journaleux et les gens d'Amnistie Internationale de se rendre sur place avec leurs causeries ennuyantes sur le respect des droits humains, la présomption d'innocence et tout leur galimatias de gens trop lettrés.
- Pour sûr, répond le sergent Malvenu sans hésiter, c'est justement le sujet de mon rapport.
- Cet homme a été enlevé cette nuit à la résidence principale du sénateur Fleurant, la villa coloniale avec les grosses cloches sur la morne de la Gloire.
- Vous êtes en retard sur les nouvelles, mon capitaine. J'ai pourchassé ces kidnappeurs jusque dans leur repaire. Ces salauds de fils de mes deux ont essayé de me flinguer juste avant l'aube. Voyez comme ils tremblent, ces mains ? Si ce n'était de mon crucifix porte-bonheur, l'Éternel est mon berger, Christ est grand et bien vivant, j'étais fichu, condamné, adios mi amigo. D'ailleurs, je revendique des armes plus puissantes avec désignateur laser depuis fort longtemps. Mais vous connaissez la rengaine habituelle du conseil municipal : budget ! budget ! budget !
- Savez-vous de qui il s'agit, Sergent ?
- Lui, c'est Millionnaire. Bon... ce cliché est plutôt médiocre, mauvais éclairage ou surexposition, mais y a pas de doute, y s'agit bien de ce bon vieux Millionnaire.
- Je vous demande pardon ?
- Je vous dis que c'est Millionnaire, le cerveau de la Fondation Zanmi d'Haïti, le chargé de projet de Vilaj Espwa. Le type qu'on appelle l'Architecte.
- Il s'appelle comme ça ; Millionnaire ? Ce n'est pas possible. Nous étions au courant de votre penchant pour les noms étranges en Haïti, mais il y a une limite à l'exotisme.
- Maintenant que vous en parlez, je doute que ce soit inscrit tel quel sur son baptistère, mais y répond présent à ça ou à Directeur au poker, sur la table de bésigue et dans la salle d'attente du coiffeur. S'agit pas d'une vraie salle, cette salle d'attente, mais c'est là que Fresnel Beltias nous fait poireauter avant de nous soutirer de l'argent contre cinq coups de ciseaux.
- Je... pardon ? Excusez-moi. Concentrons-nous sur la photo. Qu'est-ce que vous savez de cet homme, Sergent ?
- Un sacré bluffeur, croyez-moi, ce Millionnaire. Cela le décrit parfaitement. Il a une paire de sept et ses yeux vous crachent une quinte royale. Il augmente la mise en souriant, vous vous couchez. Et disons qu'il est plutôt du genre discret, ce phénomène. Y parle jamais de sa vie privée ; tabou, un véritable félin solitaire et retiré, un loup, un chien esseulé. Je me demande si ce type a trouvé le temps de forniquer ou de pécher solide au moins une seule fois depuis le passage informatique de l'an 2000.
- Nous avons fouillé ses valises, intervient le lieutenant Menendez.
- Faites très attention, Lieutenant, avertit Pintado, certaines informations sont classées secrètes au ministère de l'Intérieur.
- Ne vous inquiétez pas, mon capitaine. Écoutez, Sergent, nous avons trouvé deux passeports dans les bagages de ce monsieur Millionnaire, poursuit le lieutenant Menendez, un canadien et un israélien. Cet homme passe les douanes sous le nom de Yosef Cohen-Abitbol, domicilié à Tel-Aviv, lorsqu'il circule dans l'hémisphère nord ou dans les pays industrialisés, et bizarrement sous le pseudonyme de Moïse Berri, citoyen canadien natif d'Oshawa, dans les pays en voie de développement, en guerre ou sinistrés. Nous savons que le Mossad et le SCRS sont actifs dans la région. Ces organisations connaissent l'existence de la commune de Mizérikod, mais l'ONU doit être mise au courant si un de leurs agents décidait de s'infiltrer au niveau de l'administration publique de ce pays sans en avoir reçu l'ordre. Croyez-vous pouvoir nous guider jusqu'à la planque des ravisseurs ?
- Avec la puissance de feu adéquate, un barrage routier en aval et un second en amont, je vous livre ces racailles dans des cercueils de fer avant minuit. C'est moi qui vous le dis !
- Vous... vous parlez au sens figuré ?
- Bien sûr qu'il figure, intervient le commissaire Malvenu sur un ton rassurant. Un cercueil est une paire de menottes dans le jargon moderne du sergent. Vous pourrez même leur poser des questions, tellement ils seront vivants et pimpants, vos chenapans. À moins bien sûr qu'ils refusent d'obtempérer ou qu'ils se mettent à nous poivrer à l'artillerie lourde par nervosité ou soucis de garder leur liberté. Alors, là, je soutiendrai mes hommes avec fermeté. Ils aiment bien rentrer à la maison avec tout leur sang bien contenu à l'intérieur après avoir rendu service à la société.
- Quand est-ce que vous voulez passer en mode attaque ? demande Pyram avec impatience.
- Avant la tombée de la nuit, lui répond Pintado. Nous reviendrons avec de l'équipement et les effectifs nécessaires pour tenir un siège d'au moins trois jours. Un rat ne pourra pas sortir de Mizérikod sans nous croiser sur son chemin.
- Amenez des chiens, propose Pyram. Les paysans qui protègent ces crapules de merde en ont une peur bleue.
- Ils pourraient donc nous nuire en aidant à cacher ou à déplacer la victime durant l'assaut, raisonne le policier militaire.
- Les Diabbakas sont malicieux, structurés et dirigés par Chuck trois-Frères, un salopard sans foi ni loi qui a lu l'Art de la Guerre. Ce rongeur sur bipède habille, nourrit, éduque, emploie et fait soigner un grand nombre de ces misérables. Il recrute plusieurs de ses soldats parmi eux. On dit même qu'il les aime. Plusieurs sont orphelins. Certains d'entre eux prendraient volontiers une balle pour ce fils de hareng saur de Chuck. Mon plan d'action se résume grosso modo à mettre toute la communauté des tentes en état d'arrestation, de foutre tout le monde en quarantaine et d'attendre que la faim et la soif nous livrent notre homme sur une civière. Il faudrait par contre empêcher les journaleux et les gens d'Amnistie Internationale de se rendre sur place avec leurs causeries ennuyantes sur le respect des droits humains, la présomption d'innocence et tout leur galimatias de gens trop lettrés.
Les policiers de la UNPOL reprennent le chemin de la capitale. Evans Ferjuste sommeille toujours. Il n'a rien saisi de l'échange entre Pyram Malvenu et les Uruguayens. Pyram en profite pour remettre son rapport des événements de la nuit à son père pour le faire signer. Le commissaire Malvenu sort ses lunettes de lecture et décide de le lire pour faire changement.
- As-tu récupéré la pièce à conviction ? demande-t-il au sergent après la lecture du document.
- Elle sent encore l'essence, répond Pyram en tendant un foret de perceuse électrique brisé à son paternel. Le lieutenant Monarque sort griller une cigarette aux quinze minutes. Y a amplement eu le temps de mettre son plan de sabotage à exécution. C'est lui qui a défoncé le mur de ton bureau pour des raisons qui restent à déterminer. Est-il sinoque, traumatisé du crâne, un grand consommateur de came ou possédé ? Je ne sais pas. Faudra enquêter.
- Je vois, réfléchit le commissaire Malvenu en étudiant de plus près la mèche d'acier. Il se réveille quand, ton policeman canadien ? fait le commissaire en indiquant Evans Ferjuste.
- Il a tenu le coup vingt-six heures sans fermer les yeux. Il est de plus en plus robuste, le novice ; y est pas issu du même moule que nous, mais il est définitivement robuste.
- Quel est donc le motif de ce Robin Monarque, d'après toi, fiston ?
- La personne qui m'a envoyé le courriel dénonciateur le décrit comme un néo-nazi, avec preuves photos à l'appui. Son organisation a l'intention de mener une campagne de vaccination auprès des enfants de la région autour de Noël. Leur but ultime est de leur injecter un truc toxique dans l'ultime but de les stériliser. Ce traître de Monarque leur a révélé les coordonnées géographiques de Mizérikod, latitude et longitude inclus.
- Ça correspond en tout point à la définition d'un crime contre l'humanité ; un véritable génocide planifié. De quoi faire frémir la CPI ! Quoique tout ça pourrait être un canular. Qui nous dit que cette source ne ment pas ?
- La camionnette est dans la cour, papa ! Va jeter un coup d'œil sur le réservoir, compte le nombre de trous, puis reviens me poser la même question ? Si on attend trop longtemps pour arrêter ce Blanc, il aura eu le temps de contaminer Marguerite avec son foutu virus.
- Parce qu'il est malade en plus ?
- Je me suis permis de fouiller dans son dossier médical. L'hépatite C est un rhume comparé à ce qui circule dans le sang du lieutenant Monarque. Je ne suis pas virologue, mais quand ta maladie comporte des chiffres, des lettres et des formes géométriques, c'est pas bon signe pour personne.
- Je vais demander un mandat d'arrêt au juge Campbell. Mais avant que je n'oublie, dis-moi, ils sont là pour quelle autre connerie encore, ces deux malandrins avec leur damier triangulaire ? demande le commissaire Malvenu en pointant vers la cellule contenant le duo amateur du jeu de dames.
- Guito est ici parce qu'il sait que la Constitution de 1987 nous oblige à le nourrir deux fois par jour. Il prétend entendre des voix même quand y a personne sur la Place des Présidents. Il lance des insanités à voix haute dans la rue autour de l'heure du souper, puis attend patiemment qu'on vienne le boucler. Djon Djon a encore volé le vélo du père Romuald. Il croit dur comme fer que l'absence d'un cadenas est une incitation au vol ; il est aussi convaincu que le véritable coupable et seul homme à blâmer est le prêtre catholique.
- As-tu un pistolet de rechange, mon garçon ?
- Plusieurs, mais la plupart ne sont pas enregistrés, à l'heure actuelle démontés ou trop modifiés pour fonctionner.
- Tu peux en choisir un dans ma réserve personnelle, mais je dois prendre le numéro de série en note. Faudrait par contre récupérer ton arme de service officielle avant qu'elle ne soit utilisée pour commettre un quelconque délit. Ça paraîtrait mal, tu comprends ?
- Elle sent encore l'essence, répond Pyram en tendant un foret de perceuse électrique brisé à son paternel. Le lieutenant Monarque sort griller une cigarette aux quinze minutes. Y a amplement eu le temps de mettre son plan de sabotage à exécution. C'est lui qui a défoncé le mur de ton bureau pour des raisons qui restent à déterminer. Est-il sinoque, traumatisé du crâne, un grand consommateur de came ou possédé ? Je ne sais pas. Faudra enquêter.
- Je vois, réfléchit le commissaire Malvenu en étudiant de plus près la mèche d'acier. Il se réveille quand, ton policeman canadien ? fait le commissaire en indiquant Evans Ferjuste.
- Il a tenu le coup vingt-six heures sans fermer les yeux. Il est de plus en plus robuste, le novice ; y est pas issu du même moule que nous, mais il est définitivement robuste.
- Quel est donc le motif de ce Robin Monarque, d'après toi, fiston ?
- La personne qui m'a envoyé le courriel dénonciateur le décrit comme un néo-nazi, avec preuves photos à l'appui. Son organisation a l'intention de mener une campagne de vaccination auprès des enfants de la région autour de Noël. Leur but ultime est de leur injecter un truc toxique dans l'ultime but de les stériliser. Ce traître de Monarque leur a révélé les coordonnées géographiques de Mizérikod, latitude et longitude inclus.
- Ça correspond en tout point à la définition d'un crime contre l'humanité ; un véritable génocide planifié. De quoi faire frémir la CPI ! Quoique tout ça pourrait être un canular. Qui nous dit que cette source ne ment pas ?
- La camionnette est dans la cour, papa ! Va jeter un coup d'œil sur le réservoir, compte le nombre de trous, puis reviens me poser la même question ? Si on attend trop longtemps pour arrêter ce Blanc, il aura eu le temps de contaminer Marguerite avec son foutu virus.
- Parce qu'il est malade en plus ?
- Je me suis permis de fouiller dans son dossier médical. L'hépatite C est un rhume comparé à ce qui circule dans le sang du lieutenant Monarque. Je ne suis pas virologue, mais quand ta maladie comporte des chiffres, des lettres et des formes géométriques, c'est pas bon signe pour personne.
- Je vais demander un mandat d'arrêt au juge Campbell. Mais avant que je n'oublie, dis-moi, ils sont là pour quelle autre connerie encore, ces deux malandrins avec leur damier triangulaire ? demande le commissaire Malvenu en pointant vers la cellule contenant le duo amateur du jeu de dames.
- Guito est ici parce qu'il sait que la Constitution de 1987 nous oblige à le nourrir deux fois par jour. Il prétend entendre des voix même quand y a personne sur la Place des Présidents. Il lance des insanités à voix haute dans la rue autour de l'heure du souper, puis attend patiemment qu'on vienne le boucler. Djon Djon a encore volé le vélo du père Romuald. Il croit dur comme fer que l'absence d'un cadenas est une incitation au vol ; il est aussi convaincu que le véritable coupable et seul homme à blâmer est le prêtre catholique.
- As-tu un pistolet de rechange, mon garçon ?
- Plusieurs, mais la plupart ne sont pas enregistrés, à l'heure actuelle démontés ou trop modifiés pour fonctionner.
- Tu peux en choisir un dans ma réserve personnelle, mais je dois prendre le numéro de série en note. Faudrait par contre récupérer ton arme de service officielle avant qu'elle ne soit utilisée pour commettre un quelconque délit. Ça paraîtrait mal, tu comprends ?
- Je pige.
- Tu n'as vraiment aucun souvenir du lieu ni du moment exact de la perte de ton semi-automatique ?
- L'adrénaline, papa. Je voulais tellement mettre la main sur ce serpent venimeux de Chuck Trois-Frères que j'en ai fait une obsession. Ce type m"énerve tellement que la simple mention de son nom troue ma mémoire.
- Ne fais pas cette erreur, mon Pyro. Je comprends ton aversion pour ces enfants de mules syphilitiques, mais la haine te fait pousser des œillères grandes comme des auvents sur les paupières. Garder rancune envers autrui rend aveugle. N'est-ce pas l'un d'eux qui a charmé l'innocente Amélie Lausanne avec son beau parlé de diaspora, pour ensuite aller la vendre comme du bétail fiévreux à des coupeurs de canne Dominicains ?
- L'adrénaline, papa. Je voulais tellement mettre la main sur ce serpent venimeux de Chuck Trois-Frères que j'en ai fait une obsession. Ce type m"énerve tellement que la simple mention de son nom troue ma mémoire.
- Ne fais pas cette erreur, mon Pyro. Je comprends ton aversion pour ces enfants de mules syphilitiques, mais la haine te fait pousser des œillères grandes comme des auvents sur les paupières. Garder rancune envers autrui rend aveugle. N'est-ce pas l'un d'eux qui a charmé l'innocente Amélie Lausanne avec son beau parlé de diaspora, pour ensuite aller la vendre comme du bétail fiévreux à des coupeurs de canne Dominicains ?
Les mots Amélie et Lausanne ont un effet perturbateur sur la tension artérielle et le rythme cardiaque du sergent Pyram Malvenu. Ses paumes ouvertes se referment automatiquement pour former deux poings agités, sa mâchoire se raidit et ses yeux deviennent humides. Avant de tomber sous les griffes d'un Jim Falafel fraîchement débarqué du Québec avec sa garde-robe branchée et son anglais baragouiné, Amélie était la dulcinée de Pyram Malvenu. Le sergent s'excuse poliment pour aller aux toilettes, mais il prend la direction opposée à la fosse d'aisance. Son visage devient lugubre, sa tristesse est manifeste.
©Jajjazz ©Jude Antoine Jarda
©Jajjazz ©Jude Antoine Jarda
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