Sunday, November 10, 2013

chapitre 5a 
(Le Premier Né) 

Moïse Berri 
et la Reconstruction de l'Agence 
Spatiale d'Haïti 


Jude Antoine Jarda 


5a 
Le Premier Né 

Ulysse-Hercule Dondedieu Légitime se réveille avec un fâcheux torticolis. Il a passé la nuit à effectuer des transactions monétaires et à brasser des affaires à l'aide de son portable et de cinq téléphones mobiles. Il devance de trois minutes la sonnerie de son réveil-matin programmé pour sept heures. Comme ça lui arrive souvent, le fils aîné de Sixte-Osmer Légitime a recommencé à bosser avec frénésie durant son sommeil paradoxal, question de prendre de l'avance sur il ne sait plus trop qui ni quoi. Propriétaire de plusieurs commerces lucratifs dans « Chicagoland » et rentier depuis l'adolescence, Ulysse-Hercule n'a plus besoin de travailler depuis des lustres. Il pourrait se permettre de vivre, à cinquante-deux ans, dans l’oisiveté la plus abjecte, mais l'idée de passer une journée entière avec sa conjointe, Edmondine Belhumeur, le pousse depuis la fin de sa lune de miel à fonctionner comme un ergomane chronique. En effet, U.H.D. Légitime, comme il aime se faire appeler par les journalistes économiques qui enquêtent continuellement sur ses machinations mercantiles, déteste sa femme au point d'avoir développé une légère allergie à son odeur et de souvent souhaiter sa mort. Ulysse-Hercule ne hait pas Edmondine avec la passion nécessaire pour la supprimer lui-même, mais il a accumulé au fil des ans suffisamment d'animosité refoulée pour imaginer son trépas rapide et violent par asphyxie, un sourire aux lèvres, chaque fois qu'elle se goinfre d'ailes de poulets en regardant les reprises de ses soaps mexicains diffusés en fin d'après-midi. Ulysse-Hercule a d'ailleurs failli franchir le point de non-retour, suite à une querelle particulièrement orageuse déclenchée par un siège de toilette relevé, allant jusqu'à entamer des pourparlers avec un homicide guatémaltèque notoire, membre des Filthy Cobras du South Side de Chicago. L'entretien s'est déroulé à Bronzeville, dans la cave humide d'un bar miteux au permis d'alcool échu. Il fut question ce jour là du coût exact de l'opération et des méthodes de suppression recommandées par La Familia Michoacana afin d'organiser le départ précoce de madame sans violence et sans traces apparentes. Les meilleures techniques utilisées par les cartels de Sonora et Tijuana, afin d'assurer la disparition complète d'un corps de cent kilos, squelettes inclus, furent aussi minutieusement étudiées. Le doyen des Légitime a finalement changé d'idée à la toute dernière minute, lorsqu'il a commencé à dégriser et à réaliser qu'il courait un grand danger à traîner aussi tard dans ce secteur mal famé de la ville. Le tueur est reparti à la maison en autobus avec une prime de déplacement qu'il s'est promis d'utiliser pour gâter la fille adoptive de sa belle-sœur handicapé et sans-papiers ; Ulysse-Hercule est rentré au bercail avec de profonds regrets et son attaché-case toujours bourré de billets de banque sur la banquette arrière de sa voiture. 

Le premier né de la famille Légitime possède une immense propriété, le nec plus ultra en matière de luxe dans Lincoln Park. Mais Ulysse-Hercule déteste cette maison. Il s'est toujours senti mal à l'aise au sein de ce quartier huppé du nord de la ville. Le voisinage sait pertinemment qu'il ne fait pas partie de l'élite locale, sa fortune étant d'origine privée et étrangère, donc obscure et suspecte à leurs yeux. Ulysse-Hercule sent très bien qu'on le traite différemment. Il reçoit fréquemment des invitations à des soirées mondaines et des cocktails, mais la pauvreté, le vaudou, l'histoire chaotique d'Haïti et sa persistante instabilité politique, ainsi que son statut de résident permanent, et non de citoyen américain, sont les seuls sujets abordés avec un intérêt réel par ses hôtes. U.H.D. Légitime peut de temps à autre rappeler aux médias locaux qu'il golfe régulièrement avec des gens qui gravitent autour du sénateur républicain de l'Illinois ; ou mentionner à quiconque veut l'entendre qu'il joue au Hold'em avec des poids lourds du Chicago Stock Exchange, mais ça ne fera jamais de lui un diplômé de la Ivy League ou un membre d'une quelconque société fermée avec chansonnettes et poignées de mains secrètes. 

L'héritier majoritaire de feu Sixte-Osmer Légitime éprouve une aversion profonde et uniforme envers tous ses voisins immédiats. Ses bonjours et comment allez-vous hypocrites pourraient littéralement briser une aiguille de polygraphe. Ulysse-Hercule a pour un temps essayé d'apprivoiser celui de gauche, l'ayant vu bouquiner Sun Tzu, Simone de Beauvoir, Lord Byron et Pouchkine dans la même semaine. Il s'est sincèrement intéressé à la profession de producteur de spectacles de Walter Bradford Sutherland, et aussi à ses arrangements paysagers remarquables répartis sur son terrain comme dans une exposition florale. Ulysse-Hercule a fini par rendre public son admiration pour Walter, mais avec un peu de réticence, ne voulant pas se tromper sur son cas et un jour se voir déçu ou humilié. Ulysse-Hercule a commencé à témoigner encore plus de respect à l'égard de Walter B. Sutherland, après avoir appris, en feuilletant le Bloomberg Businessweek, que ce type retiré, discret et modeste à vous faire sentir fripon était l'un des cerveaux derrière nombre de concerts bénéfices télévisés d'envergures planétaires. Cet individu laconique et pondéré était carrément l'homme de confiance en Occident pour quiconque rêvait d'amasser des fonds considérables pour une cause humanitaire ou de la recherche médicale ; le contact idéal pour obtenir des passes de VIP pour Broadway, Sundance, Cannes ou La Mostra de Venise; le genre de phénomène qui vous présente Tony Bennett et Harry Belafonte sur votre patio lors d'une petite fête surprise, simplement parce qu'ils étaient disponibles. 

Un bon matin venteux et nuageux, se sentant aimé et accepté, Walter Bradford Sutherland a décidé de présenter son amoureux scandinave à Ulysse-Hercule. L'opinion d'U.H.D. Légitime sur le mariage et l'adoption par les couples gais lui fut demandée devant des carrés aux dattes et une tasse de thé. Un froid cosmique s'est aussitôt installé entre les deux hommes jusqu'à ce jour à cause de la position conservatrice inébranlable d'Ulysse-Hercule sur deux sujets qui ne le concernaient techniquement d'aucune façon.

Sous l'insistance de sa femme, gênée par l'attitude réactionnaire de son mari et sévèrement préoccupée par les qu'en-dira-t-on, Ulysse-Hercule s'est tourné vers son voisin de droite, un requin des finances cupide comme lui, amateur de catch théâtral et de course automobile; un mélomane hautement cultivé capable de saisir aussi bien l'essence de Bach que de Brown ou de Beck. Tout semblait indiquer qu'une amitié solide et durable pourrait se forger avec le temps entre ces deux apprentis philosophes. Il arriva même que Jake, car il insistait qu'on l'appela toujours par son petit nom, mit Ulysse-Hercule au courant du contenu secret de ses projets chez Boeing, compagnie au sein de laquelle il occupait un poste de cadre supérieur au sein de la haute direction. Jake glissait parfois un mot à Ulysse-Hercule sur des sujets sensibles débattus dans les coulisses du département de la Défense, où Jake siégeait sur plusieurs comités exécutifs comme conseiller technique ou juridique. 

Un bon matin pluvieux et brumeux, Ulysse-Hercule entendit de la bouche même de sa boulangère  sépharade que Jake était en fait un diminutif pour Jacob, dérivé de Ya'qūb, un prénom hébraïque, et que le nouveau best friend de Ulysse-Hercule ne fêtait pas la naissance du petit Jésus, mais bien Hanoucca au mois de décembre. La chaleur irradiante qui émanait de la complicité de ces deux compères que tous croyaient inséparables s'estompa abruptement.

Soupçonné par de nombreux habitants du quartier de souffrir d'un trouble psychique inconnu de la science, et remarquant que plusieurs changeaient rapidement de trottoir en le voyant arriver dans leur direction, Ulysse-Hercule finit par sortir de son mutisme et choisit de briser la glace en saluant timidement le voisin d'en face, et cela malgré la couleur de sa peau. Le doyen de la famille Légitime n'avait absolument rien contre les Noirs avec une pigmentation variant du beige au marron, comme les membres de sa famille, mais il avait en horreur les Noirs au teint tirant sur le gris anthracite comme le Nigérian de l'autre côté de la rue. Car en plus d'être bouché, homophobe et antisémite, Ulysse-Hercule ne donne pas sa place en tant que champion médaillé raciste et doctor honoris causa en xénophobie appliquée. 

Grossièrement, selon Ulysse-Hercule, l'immense majorité des Arabes, des Maghrébins et des Moyens-Orientaux sont des terroristes potentiels à surveiller et à mettre sur écoute en tout temps, hommes, femmes, imams et enfants ; toujours selon lui, les Européens constituent une race de pédophiles incestueux qu'il faudrait emmurer, enfumer puis castrer en petit groupes de six à la télévision nationale devant un public composé d'anciennes victimes ; les Russes et les Slaves seraient tous des fabulateurs fascistes et incendiaires, des buveurs de jus de patates naïfs et névrosés à tendances génocidaires ; les Nord-Américains, des adorateurs du Diable et de la poudre à canon, une bande de licencieux pervers et incontrôlables, tueurs en série buveurs de sang qui attendent toujours la prochaine opportunité et l'absence de témoins gênants avec impatience ; la totalité des Sud-Américains, des narcotrafiquants invétérés qui ajoutent du piment sur tous les aliments, même le lait, et qui vous dansent leur saloperie de salsa même en dormant ; les Chinois et tous ces Asiatiques, dont les yeux vous disent peu sinon rien, des voleurs d'organes constamment à la recherche d'aphrodisiaques ou d'animaux à enligner vers l'extinction ; les Amérindiens, des alcooliques psychallergiques aux taxes qui aiment signer des traités intemporels dès qu'ils sont cuités, afin bien sûr de pouvoir blâmer le soi-disant Homme Blanc pour tous leurs maux ; les Indiens de religion hindoue, tous sans exceptions, des malpropres idolâtres dépourvus de toute logique et du simple bon sens ; et les Africains au sud du Sahara, des dictateurs naturels et des avares cannibales qui abhorrent leur propre traditions. Fait à noter : tous les autres groupes ethniques ont toujours répugné Ulysse-Hercule à un niveau plus ou moins égal. La compétition a toujours été serrée et impartiale. La Terre sans l'humanité serait d'après lui l'archétype du paradis, Eden, la planète idéale, un monde sans mal. 

Après avoir mené avec une certaine bravoure un combat farouche contre son esprit horriblement fermé, Ulysse-Hercule a réussi à mettre de côté ses multiples préjugés de buté invétéré. Il aimait bien trop profiter de la générosité, de la candeur et de la bonhomie d'Ibrahim. Lorsque l'occasion de s'offrir une petite ballade nocturne à bord de l'hélicoptère privé de son pote musulman se présentait, Ulysse-Hercule trouvait toujours un espace libre dans son agenda bien garni. Tout ça, c'est sans compter les nombreux rabais et les forfaits gratuits occasionnels accordés par l'agence de voyage du bon vieux Nigérian à son fervent ami qu'il appelait affectueusement l'Infidèle pour le taquiner. Un bon matin ensoleillé, ruiné par un carambolage catastrophique au septième tour de l'Indy 500 ; un accident impliquant neuf bolides qui fit perdre dix fois plus d'argent parié à Ibrahim qu'à Ulysse-Hercule ; le Nigérian décida inopinément de confronter Ulysse-Hercule sur les mensonges qu'il s'était donné du mal à colporter sur le compte de Jake et de Walter Bradford Sutherland dans leur dos depuis qu'ils se fréquentaient. Jake n'avait donc jamais étranglé d'enfant Palestinien paralytique, ni heurté de vieille dame atteinte de cécité partielle lors de son dernier séjour en Galilée. Et cette accusation abominable d'avoir délibérément dilapidé le fond de retraite des Sœurs Cloîtrés de Notre-Dame des Grandes Souffrances sur une table de baccara du Casino de Monte Carlo était finalement un tissu de mensonges. Pour ce qui est de Walter, il ne parcourait pas vraiment les campus universitaires du Sud Profond, à la recherche de jeunes Afro-Américains qu'il droguait puis violait à sec dans le but de les contaminer avec le virus de l'immunodéficience humaine. Au fait, Walter n'était même pas séropositif, encore moins une superstar de la porno gai au Japon. Exposé et démasqué, Ulysse-Hercule Dondedieu Légitime a réagi comme un véritable forcené. Il s'est mis à souiller l'honneur d'Ibrahim avec des mots inventés et des lapsus totalement incohérents, tellement il les voulait méchants. Les ignominies sortant de son gosier comportaient une charge émotionnelle tellement négative, cruelle et disgracieuse qu'Ibrahim fut pris de pitié pour lui. Aussi étrange que cela puisse paraître, les insolences d'Ulysse-Hercule visaient tout d'abord l'odeur corporelle de cet homme à l'hygiène impeccable. L'aîné de la famille Légitime s'attaqua ensuite aux ancêtres Yorubas de son voisin Nigérian, supposément toujours impliqués dans le commerce triangulaire avec la complicité de Libyens et de Portugais descendants d'esclavagistes. Ulysse-Hercule prononça ensuite une cuisante diatribe sur le manque de leadership du pays d'Ibrahim au sein de l'OPEP. Il blâma cette regrettable et honteuse situation pour tout le continent africain sur les délégués, supposément tous toxicomanes, envoyés par Abuja aux réunions tenues à huis clos de l'organisation internationale. Ulysse-Hercule alla même jusqu'à accuser le parti du président Goodluck Jonathan d'être les vrais instigateurs des violences interreligieuses récurrentes dans l'État du Plateau. Le premier né des Légitime atteignit enfin le comble de l'irrévérence en se mettant littéralement à aboyer, mimant un chien, et à cracher des impolitesses stupides sur les attributs physiques des trois épouses d'Ibrahim. Pour bien s'assurer d'avoir dépassé les bornes, Ulysse-Hercule s'en prit pour conclure aux tenues vestimentaires jugées trop colorées d'Ibrahim. Les deux anciens comparses ne s'adressent plus la parole depuis. C'est tout comme si Ibrahim s'était volatilisé, tout comme s'il n'avait jamais réellement existé. 

Lorsqu'il est devenu propriétaire de son petit palais, Ulysse-Hercule n'avait pas encore les moyens de l'acquérir. Il se serait alors contenté d'une cabane au fond des bois, loin des bruits urbains, du smog et surtout des gens. L'aîné de la famille Légitime n'avait aucune envie de devenir le voisin familier de qui que ce soit le jour où il signa l'offre d'achat pour cette maison en pleine ville qu'Edmondine l'avait carrément forcé à acheter sous la menace, encore moins de payer pour son entretien. Ulysse-Hercule n'était alors qu'une jeune recrue de la firme d'ingénierie fondée par son père. Malheureusement pour lui, argumenter avec sa femme pour lui faire comprendre qu'un couple sans enfant n'avait pas besoin de sept salles de bains sur quatre étages, c'était par expérience plonger dans l'irrationnel, se chamailler à coups de rhétoriques illogiques, risquer d'abord l'épuisement puis l'usure mentale. Tenter de rallier Edmondine Belhumeur à son opinion comportait le risque de provoquer une augmentation drastique de sa pression sanguine et de s'exposer inutilement à l'apoplexie. Enfin, convaincre son épouse qu'une idée autre que la sienne pouvait renfermer une quelconque valeur, c'était comme se présenter dans un ring de boxe imaginaire avec, au centre, un vortex débouchant sur une dimension parallèle gérée, non plus par les forces gravitationnelles, mais par celles de la folie à l'état pure. Plutôt se porter volontaire pour la chasse aux caïmans à mains nues, se répétait souvent Ulysse-Hercule en s'éloignant doucement de la tempête et en évitant les assiettes lancées en direction de sa tête. 

Notre homme a bien sûr pensé au divorce et calculé son coût total presque quotidiennement depuis vingt ans. Mais le concept de partage du régime matrimonial a hélas toujours mis un frein dynamique à sa quête du bonheur et de la liberté. Ulysse-Hercule préfère souffrir côte à côte avec Edmondine Belhumeur, plutôt que de l'imaginer souriante et victorieuse quelque part au loin avec la moitié de son argent et une large portion de son héritage titanesque. Leur haine étant sincère, transparente, concrète et réciproque, Ulysse-Hercule et sa femme font chambre à part depuis les Jeux de Barcelone, et salle de bain séparée depuis que madame a découvert les avantages du Prozac au sein d'un couple dysfonctionnel, huit ans plus tard, de retour d'un voyage en Crète. 

Ne pas dormir au même endroit augmente les chances d'Ulysse-Hercule de pouvoir se faufiler hors de sa forteresse sans entrer en contact avec sa tendre moitié. Après s'être douché deux fois, lavé les mains et les ongles à plusieurs reprises avec un mélange de savon, d'alcool à friction et d'acétone, puis vaporisé ses vêtements avec un puissant germicide industriel, Ulysse-Hercule rejoint son domestique Yucateco sur son téléavertisseur. Le choix d'un employé de maison allophone, père de famille, aidant naturel dévoué et sans papiers, est une stratégie orchestrée par Alistair Stetson, l'avocat sans scrupules d'Ulysse-Hercule. Primo, Guillermo ne peut en aucune circonstance témoigner contre lui dans un anglais intelligible ; deuzio, il suffit de mentionner les mots los ninos et decapitar dans un espagnol maladroit pour le pétrifier ; tertio, crier ¡ cuidado ! la inmigración ! met le pauvre homme en tachycardie ou lui cause de sévères douleurs thoraciques. 

La sonnerie du cellulaire d'Ulysse-Hercule se fait entendre. 

- Où est-elle ? s'empresse-t-il d'enquérir. 
Señora Emontina est dans la cuisine, Señor Leyitim
- Dans la cuisine, hein ? Bon, est-ce que la voie est libre entre mon bureau et le vestibule ? 
Si, si, Señor, no hay problemaSeñora Emontina esta ocupada
- Écoute, Guillermo, dans quinze minutes tapant, je veux la Maybach 62 devant l'entrée principale. Prépare-moi un milk-shake avec des œufs et de la crème glacée aux fraises. Rajoute deux gouttes d'essence à la vanille et une banane. Et... Guillermo ? 
Si, Señor ? 
- Ne lésine pas sur le désinfectant pour la voiture, insiste sur le volant. J'aurais aussi besoin d'analgésiques, de l'ibuprofène ou n'importe quoi qui frappe d'aplomb. Pique-moi quelques comprimés dans la pharmacie d'Edmondine, disons cinq. Cette poufiasse est une camée. Elle doit sûrement avoir le nécessaire. Utilise des gants stériles pour les manipuler. Enveloppe individuellement chaque capsule dans une pellicule de cellophane. Remet la fiole à sa place. Sois prudent, la grosse vieille coche calcule absolument tout et sa mémoire est éléphantesque. Je ne veux pas avoir de problèmes avec cette cinglée. Rappelle-moi quand tout est okay
- D'autres instruccionesSeñor Leyitim 
- Je serai de retour tard dans la nuit, Guillermo. Alors si tu peux encourager ma chère épouse à boire de façon à la mettre hors de combat avant huit heures ce soir, ça me sauverait d'avoir à lui répondre et de l'affronter si elle se met à me chercher. 

Trente minutes plus tard, paré d'un costume trois-pièces avec des boutons de manchettes en or blanc, griffés, Valentino, Ulysse-Hercule Dondedieu Légitime procède à l'inspection générale de sa luxueuse berline. Il commence par scruter les tuyaux d'échappement afin de s'assurer qu'ils ne sont pas obstrués par une pomme de terre ou une balle de squash. Il soulève ensuite le capot pour vérifier si par tout hasard, un chat, un écureuil ou un raton laveur n'y aurait pas élu domicile. Il examine aussi tous les câbles visibles. Enfin, il jette un coup d'œil sous le véhicule, à la recherche d'un bâton de dynamite oublié ou d'un engin explosif improvisé. Ulysse-Hercule est conscient de souffrir d'un léger trouble obsessionnel compulsif. Car même s'il se fait en moyenne un ennemi par semaine, aucun d'entre eux ne s'est jusqu'alors hasardé sur sa propriété pour se venger en s'en prenant directement à lui. 

©Jajjazz ©Jude Antoine Jarda  

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